CONCOURS PRIX D’EUROPE

UNE INITIATIVE DE L'ACADÉMIE DE MUSIQUE DU QUÉBEC DEPUIS 1911

Cent ans de Prix d'Europe – Jean Laurendeau

 

« À l’aube du deuxième centenaire du Prix d’Europe, le travail passionnant de Jean Laurendeau, unique par son sujet, et mené avec une plume à la fois exhaustive et légère, servira aux futurs candidats, ainsi qu’au public présent aux épreuves, à mieux appréhender la riche tradition dont ils deviennent, à leur tour, les acteurs. En même temps, cet ouvrage, véritable chronique d’une institution de notre vie musicale restée jusqu’ici plutôt mythique, comblera un vide dans l’histoire de la musique au Québec, inspirera de nouvelles vocations, et, souhaitons-le, renforcera la conviction, auprès des pouvoirs publics subventionnaires et de généreux donateurs privés, que les efforts consentis pour le Prix d’Europe depuis déjà un siècle n’ont pas été vains.»     – Kenneth Gilbert, O.C., Prix d’Europe 1953

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Présentation du livre Cent ans de Prix d'Europe
de Jean Laurendeau

Il est très à la mode de confesser la folie. Et moi, je me dis après coup que je n’échappe pas à la règle. Quand Lise Boucher m’a demandé si j’accepterais d’écrire un livre pour célébrer le centenaire du Prix d’Europe, je me suis dit : faudrait être fou pour accepter. Une institution ! Raconter l’histoire d’une institution ! J’avais déjà commis une autre histoire, celle de Maurice Martenot, près de vingt ans plus tôt. J’avais aussi, en 2007, publié un petit roman philosophique, inspiré de la légende du Joueur de flûte de Hamelin. Mais là, ce qu’on me demandait, l’histoire d’un Prix… Je ne m’y étais jamais moi-même présenté. J’en avais entendu parler. J’avais toujours su que ça existait. Sans plus…

Et puis… Moi qui ai décidé de consacrer ma retraite à l’écriture… Ça me fera un bon exercice… Et tout de même, il sera là question de musique… Mais quelle chose énorme… Cent ans… Comment raconter cela sans tomber dans la monotonie… Mais il y aura des humains, dans ces histoires. Et les humains, ça peut être passionnant… Alors… J’ai dit à Lise : d’accord. Je ferai… 150 à 200 pages sur le sujet. Et je me suis mis au travail.

Or ce travail, il commence dans la tête. Nous étions fin août. L’automne approchait… J’étais très pris par un travail musical, et jusqu’en janvier je ne pourrais que rêver, que me préparer psychiquement à cette entreprise… Puis, l’automne avançant, les arbres de Notre-Dame-de-Grâce se dépouillaient de leurs feuilles, et j’ai eu une vision prémonitoire de ce livre comme d’un arbre aux mille branches. C’était l’aspect visuel de l’idée de contrepoint. Un arbre est une structure, une architecture. Comme une symphonie. Mon ami Jacques Hétu (incidemment Prix d’Europe en composition 1961) était encore vivant à l’époque. Je lui parlai de ma vision du livre qui serait un arbre. Il m’approuvait.

Et en janvier 2009, je commence à fouiner dans les papiers de l’Académie de musique du Québec. Une première chose me tombe sous la main : la vie d’Emma Albanie, un livre sur cette chanteuse qui fit la gloire du Canada dans la deuxième moitié du 19e siècle. Rien à voir avec l’AMQ, encore moins avec le Prix d’Europe. Et pourtant, symboliquement, il me parut normal, nécessaire de la faire figurer dans mon livre en gestation. Car cette carrière qui fit d’elle une gloire nationale – bien malgré ladite nation qui ne l’a en fait jamais aidée – lui a valu, entre autres, une véritable ode du poète Louis Fréchette, lorsqu’en 1883, elle passera par Montréal à l’occasion d’une tournée Nord-Américaine. Elle avait eu la chance d’avoir un père qui croyait en elle, d’avoir pu réunir les fonds nécessaires à un voyage en France puis en Italie, pour y poursuivre ses études. Elle avait eu surtout la chance d’avoir un talent exceptionnel, sans lequel le reste n’aurait servi de rien. Or c’est en 1911 qu’elle fit ses adieux à la scène. 1911, année de la création du Prix d’Europe, où toute personne exceptionnellement douée pouvait se présenter, avec le risque de gagner un Prix qui lui permettrait d’aller passer deux ans en Europe pour y étudier avec les grands maîtres du temps. J’ai donc, tout de suite après l’introduction, consacré un court chapitre à Emma Albani.

Mes recherches sur Internet m’ont également permis de tomber sur les chroniques musicales de Guillaume Couture, permettant de se faire une idée de l’atmosphère qui régnait à Montréal en 1875-1876, atmosphère un peu raréfiée, en ce qui concerne la musique. J’ai tenu à lui consacrer un chapitre rendant compte de cela, car cette époque était aussi celle de la création de l’AMQ, quelques années plus tôt, soit en mai 1868, qui serait reconnue à Québec deux ans plus tard, soit en novembre 1870. Et c’est à cela que j’ai consacré le chapitre suivant, intitulé Une saison dans la vie de Guillaume Couture.

L’AMQ apportait les premières structures permettant une gestion minimum du travail des étudiants en musique et de leurs professeurs, car aucune école sérieuse n’offrait ce service.

Et c’est, tout de même, pas moins de 43 ans après sa fondation que l’AMQ mettra sur pieds l’institution du Prix d’Europe, en 1911. Jérémie-Louis Décarie, alors Secrétaire de la Province, dont le premier ministre est Sir Lomer Gouin, semble avoir apporté une aide tangible pour l’adoption de la « loi pour favoriser le développement de l’art musical ». En voici les termes :

« ATTENDU qu’il est opportun de favoriser le développement de l’art musical en créant de l’émulation parmi les personnes qui étudient cet art et en procurant aux plus méritantes d’entre elles les moyens de recevoir un enseignement supérieur; À ces causes, Sa Majesté, de l’avis et du consentement du Conseil législatif et de l’Assemblée législative de Québec, décrète ce qui suit : 1.- Il est loisible au lieutenant-gouverneur en conseil d’accorder à l’Académie de musique de Québec une subvention annuelle ne dépassant pas trois mille piastres. Le paiement de cette subvention est

sujet à l’accomplissement des conditions suivantes : (a) L’Académie de musique de Québec doit, chaque année, ouvrir un concours spécial pour le chant, le piano, l’orgue, le violon, ou le violoncelle;  (b) Les concurrents sont jugés par un jury spécial nommé par l’Académie de musique de Québec. Ce jury doit être composé de cinq membres dont deux doivent être pris en dehors des membres de ladite académie;  (c) Celui des concurrents qui obtient le plus grand nombre de points a le droit d’aller, aux frais de l’Académie de musique de Québec, passer deux ans en Europe pour y compléter ses études musicales.  2.- Ne peuvent prendre part au concours mentionné dans la section précédente que les porteurs d’un diplôme de lauréat de l’Académie de musique de Québec qui sont sujets britanniques âgés de pas plus de vingt-cinq ans, et résidant en cette province depuis trois ans au moins. L’Académie de musique de Québec doit cependant, aux conditions qu’elle juge équitables, admettre à concourir pour le diplôme de lauréat les élèves des autres institutions musicales de la province.  3.- Les boursiers doivent, pour bénéficier des avantages que leur confère cette loi, suivre le programme d’études déterminé par l’Académie de musique de Québec.  4.- La présente loi entrera en vigueur le jour de sa sanction. » 

Tout ça est dans le livre, et c’est à partir de là que s’est déployé à mes yeux un arbre magnifique, aux branches multiples, de ce que l’organiste Jacques Boucher m’a dit être la colonne vertébrale de l’histoire de la musique au Québec. Tout du long de la symphonie, c’est de jeunesse qu’il est question. D’abord Clotilde Coulombe, 19 ans, qui, en plus du Prix, gagnera une lettre manuscrite originale de Gabriel Fauré, que m’a montrée une de ses descendantes. Puis, un jeune pianiste nommé Pelletier – Wilfrid de son prénom – fera si l’on peut dire l’erreur de quitter la France en guerre pour aller tenter sa chance à New-York. Il sera privé d’une partie de sa bourse pour cela, car l’AMQ de 1917 n’entend pas rigoler avec les principes : le Prix d’Europe, c’est en Europe qu’on doit le dépenser, sinon… ! Et maintenant, la Salle Wilfrid Pelletier témoigne de l’importance que ce « jeune homme » a fini par acquérir grâce à son talent et à sa créativité. J’oubliais le pianiste Léo-Pol Morin, second récipiendaire du Prix d’Europe, en 1912, qui jouera, enseignera, écrira, et fera découvrir au public d’ici la musique de son temps, dont celles de Debussy et de Ravel. Il y a aussi le jeune Lionel Daunais, qui demande à Reynaldo Hahn devant qui il est venu auditionner à l’Opéra de Nice et qui fume comme une cheminée, de s’éloigner un peu car chanter dans la fumée des cigarettes orientales n’est pas possible. Reynaldo Hahn lui dit qu’il est un insolent, et la carrière européenne de Daunais s’arrête là. Puis, de retour au Québec, il créera entre autres les Variétés lyriques et deviendra un élément incontournable de l’histoire de la musique au Québec. Il y a l’organiste Bernard Piché, Prix d’Europe 1932, qui ne pourra jouir de son prix qu’en 1936, à l’issue de trois procès mémorables intentés à l’AMQ par un violoniste qui croyait avoir mérité ce prix. Il y a cet autre violoniste à qui l’AMQ dit « au lieu de dépenser de l’argent pour venir passer vos vacances au Québec, prenez donc cet argent pour visiter l’Europe »… Et ces violonistes, et ces violoncellistes, ces flûtistes, ce saxophoniste, ce clarinettiste, ces percussionnistes, cette harpiste, ces chanteuses et ces chanteurs, bref tout cet « orchestre et chœur » et tous les autres, avec pour chacun ou chacune, une petite histoire à raconter, et cela sans compter des histoires de concurrents qui n’ont pas eu le Prix, comme la mezzo-soprano Cédia Brault, qui a fait une très brillante carrière, et a mis au monde, pour ceux que ce détail aiderait à la situer, la musicologue Andrée Desautels. Et tant d’autres, que je ne puis tous nommer ici. Il y a ceux ou celles qui sont parti(e)s et sont revenus des décennies plus tard, ou ne sont jamais revenu(e)s, mais qui ont fait rayonner le Québec aux quatre coins de la planète. Il y a les compositeurs, auxquels je consacre un chapitre, car la composition n’a pas toujours été présente au Prix d’Europe, et l’histoire de la composition et de son intégration au Prix d’Europe est assez compliquée. Pourtant, on peut retenir les noms de Jacques Hétu (Prix d’Europe 1961), André Prévost (Prix d’Europe 1963), Micheline Coulombe-Saint-Marcoux (Prix d’Europe 1967), ou, tout récemment, Maxime McKinley (Prix d’Europe 2009) et Gabriel Dharmoo (Prix d’Europe 2011).

Pour toutes ces cigales, il fallait les fourmis, qui, travaillant dans l’ombre, de décennies en décennies, ont rendu possible la pérennité du Prix d’Europe, et qui, sans arrêt, devaient combattre pour que vive ou survive l’institution à laquelle ils avaient consacré leur vie. Je leur consacre le chapitre Éloge de la fourmi.

Et il a fallu enfin ce fou – votre serviteur – pour écrire le livre Cent ans de Prix d’Europe qui comporte, finalement, 464 pages. Ce livre, c’est tout ce que je viens de dire, et bien plus encore, car je n’ai pu ici qu’effleurer ce sujet pour lequel on ne m’a alloué – pour votre protection je suppose – que les quelques lignes que vous venez de lire. Si vous voulez en savoir plus, le livre est là, que vous pourrez feuilleter à votre guise.

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